Cour de cassation : La préemption à moitié prix d’un bien immobilier par la commune n’est pas contraire au droit de propriété

"La Cour de cassation estime qu’il n’y a pas d’atteinte au droit de propriété lorsqu’une commune décide de préempter un bien immobilier, même à un prix peu élevé.

Le droit de préemption urbain institué par les communes à leur profit ne peut pas être qualifié de spoliation par les propriétaires. Même s’il se traduit par un achat parfois à très bas prix, la Cour de cassation, dans une décision rendue en juillet dernier, considère qu’il n’y a pas d’atteinte au droit de propriété garanti par la Convention européenne des droits de l’homme.

Un bailleur contestait que la ville de Paris puisse préempter son appartement, en le payant la moitié du prix qu’avait accepté un acquéreur privé à la signature du compromis. Mais il a été débouté. Ce propriétaire invoquait une atteinte disproportionnée à son droit de propriété puisque, au lieu de pouvoir conclure sa vente à 150.000 euros, il ne pouvait plus que renoncer à la vente ou vendre à la commune pour 85.000 euros.

Si le prix imposé ne lui convient pas, il peut renoncer à vendre, ont relevé principalement les juges. De plus, ont-ils ajouté, ce propriétaire devait accepter l’application des règles d’indemnisation défavorables, imposées par la loi, puisqu’il s’agissait d’économiser les deniers publics. Enfin, le droit de préemption de la collectivité est justifié, selon eux, puisqu’il permet la réalisation d’opérations à des fins d’intérêt général. En l’occurrence, la ville souhaitait transformer l’appartement en logement social. Pour la Cour de cassation, même si ce particulier devait supporter seul l’intérêt général, il n’y a pas d’atteinte disproportionnée à son droit de propriété.

[...]"

Attendu de l'arrêt civ.3ème 5 juillet 2018 n°17-2033

Mais attendu qu'ayant relevé que les règles de fixation du prix du bien sur lequel s'exerce le droit de préemption traduisent le souci de la bonne utilisation des deniers publics et permettent la poursuite de l'objectif d'intérêt public de réalisation de logements locatifs sociaux, que le propriétaire du bien est en mesure de faire fixer par le juge la valeur de ce bien, au jour du jugement, en produisant aux débats des termes de comparaison pertinents, et reste libre, si la valeur fixée par le juge ne lui convient pas, de renoncer à la transaction envisagée et de conserver son bien, la cour d'appel en a déduit à bon droit que ces règles, qui assurent un juste équilibre entre les intérêts et droits en cause et ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit de propriété, n'étaient pas contraires aux dispositions de l'article 1er du Premier protocole additionnel à la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sources : Le Figaro ; Legifrance

Réfléxion : 

Qu'en pensez-vous ? 

Le droit de préemption à un prix peu élevé est-il une atteinte disproportionnée au droit de propriété ? 

La bonne gestion des deniers publics doit-elle prévaloir sur le droit de propriété privé ? 

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